
Le synthétiseur a été lancé par Victorien Genna sous le nom de Naturarum. Son intérêt ne tient pas à une nouvelle architecture de synthèse, mais à la manière dont celle-ci est exposée: un trajet de signal lisible, organisé autour de l’énergie, de l’objet résonant et de la pièce.
Un modèle en trois étages
Anima reproduit une chaîne mécanique simple: une source excite un objet, puis l’objet résonne dans un espace. La section Energy fournit les excitateurs et leur enveloppe. La section Object agit comme un résonateur modal composé de 24 résonances couplées par voix. Leurs fréquences, leur niveau et leur décroissance peuvent être modifiés par les paramètres de synthèse.
Le comportement du résonateur est ensuite ajusté par plusieurs contrôles:
- temps de résonance;
- rigidité;
- contenu harmonique;
- densité;
- paramètres de mise en forme de l’objet.
Cette combinaison permet de déplacer le modèle entre plusieurs comportements acoustiques: bois, verre, métal, cordes ou cloches. Le type d’excitation modifie également la réponse. Une impulsion de souffle ne produit pas la même attaque qu’une frappe. Le résultat dépend donc moins d’un simple réglage de timbre que du couple entre excitation et résonance.
La section Room termine le trajet. Elle peut passer d’un écho à une réverbération et propose notamment le temps de retard, la régénération, la décroissance et la diffusion. La régénération peut aller jusqu’à l’auto-oscillation. Le contrôle reste donc directement lié au comportement temporel du signal: attaque, décroissance, répétitions et accumulation d’énergie.
Une interface pensée pour le contrôle direct
La plupart des synthétiseurs modaux exposent des paramètres techniques peu hiérarchisés. Anima adopte une organisation visuelle plus immédiate, avec un chemin de signal de gauche à droite. Cette présentation ne change pas le principe de synthèse, mais réduit le nombre d’étapes nécessaires pour relier un geste à une conséquence sonore.
L’instrument propose 55 presets d’usine, dont des sons signés Red Sky Lullaby et Hoavi. Les patches utilisateurs peuvent être créés puis sauvegardés. Le jeu ne dépend pas uniquement d’un clavier MIDI: un ruban intégré accepte le multitouch et le glissement indépendant par doigt, avec une approche adaptée au jeu microtonal. Un clavier piano de trois octaves est également disponible.
La compatibilité MIDI comprend le MPE, la pédale de sustain via CC64 et les changements de programme. Anima peut donc être utilisé comme instrument autonome sur iPadOS ou macOS, mais aussi intégré dans une session via AUv3. Pour la production électronique, le point déterminant est moins le nombre de voix que la possibilité de conserver les gestes de jeu et les variations de hauteur dans le flux MIDI.
Ce que cette sortie change réellement
Anima n’introduit pas, d’après les informations disponibles, une méthode de synthèse modale inédite. Plusieurs instruments iOS suivent déjà une logique comparable. La différence se situe dans l’interface et dans l’accessibilité du moteur: les paramètres restent techniques, mais leur agencement rend plus lisible le rapport entre l’excitateur, le résonateur et l’espace.
Le logiciel est proposé au tarif de lancement de 7,99 $ ou 8,99 €, contre 12,99 $ ou 13,99 €, jusqu’au 1er septembre 2026. Le verdict est donc binaire: pas une rupture technologique, mais un outil cohérent à vérifier si l’on cherche un instrument modal AUv3 avec contrôle tactile, jeu microtonal et compatibilité MPE.