
Dans un écosystème où la frontière entre outil, automatisation et création devient chaque semaine plus trouble, cette déclaration a le mérite d’être frontale.
Ce n’est pas une guerre de chapelles entre machines et guitares. C’est une question de traçabilité: lorsque l’industrie commence à imaginer des mentions telles que « Générée par IA » ou « Assistée par IA », Vianney choisit d’occuper l’autre bout du spectre, celui d’un disque intégralement fabriqué par des humains.
Une promesse de fabrication, pas seulement un slogan
La formule est nette, presque publicitaire — « 100 % humain » — mais elle engage ici toute la chaîne créative. Vianney affirme ne vouloir mobiliser l’IA ni pour les instruments, ni pour les mélodies, ni pour les sons; il rattache ce choix au plaisir de fabriquer un disque et à ce qu’il estime devoir à son public.
Pour nous qui observons la création sonore de près, l’intérêt n’est pas de sacraliser une supposée pureté analogique. La musique électronique elle-même s’est construite en tordant les machines, en détournant leurs usages, en faisant du studio un espace de collision. Le sujet est ailleurs: savoir qui a pris les décisions, qui a façonné les accidents, qui porte les hésitations et les élans dans le son final.
L’IA n’efface pas mécaniquement l’artiste; elle peut en revanche rendre son geste plus difficile à lire si personne ne dit précisément quelle place elle a occupée. La promesse de Vianney transforme donc un choix de production en signal lisible: ici, l’auteur revendique la totalité de la main humaine.
La transparence devient une scène à part entière
L’artiste réagit à une initiative, relayée par Billboard France, visant à distinguer les œuvres créées avec l’IA au moyen de mentions dédiées. Ce désir d’étiquetage raconte surtout l’état de tension actuel: les plateformes capables de générer des morceaux depuis de simples instructions textuelles ont fait entrer la question de l’authenticité dans le flux quotidien de l’industrie.
Le mot « authentique » est souvent une vitrine commode, et il faudrait éviter d’en faire une nouvelle police esthétique. Un morceau n’est pas intéressant parce qu’il souffre davantage en studio; l’automatisation n’est pas non plus, par nature, une fraude. Mais une curation honnête commence par des informations nettes. Entre une œuvre générée, assistée ou enregistrée sans IA, les pratiques ne sont pas les mêmes — et l’auditeur devrait pouvoir les distinguer sans jouer au détective.
Le positionnement de Vianney arrive ainsi comme une réponse très lisible à une gentrification sonore en cours: quand les procédés se standardisent et que les promesses technologiques saturent le récit, l’artisanat redevient un argument de présence.
Ce qu’il faudra écouter derrière le label
Vianney prépare également un nouvel album et une tournée dont le coup d’envoi est annoncé pour mars 2027. D’ici là, sa déclaration fixe un cadre que l’on pourra confronter à la matière du disque: non pas pour y chercher une innocence fantasmée, mais pour entendre ce que cette contrainte revendiquée produit réellement dans les arrangements, les voix et les textures.
Le « 0 % IA » ne garantit ni la grâce ni la nécessité. Il oblige toutefois à remettre une chose au centre: la musique n’est pas seulement un fichier livré au marché, c’est une suite de choix, de gestes et d’imperfections. Et c’est souvent dans ces zones de friction, loin des sorties parfaitement lissées, que la catharsis trouve encore de l’espace.