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Apple Music impose un label pour les titres créés par intelligence artificielle

Plus d'un tiers des morceaux déposés chaque mois sur Apple Music sont entièrement générés par intelligence artificielle. C'est Oliver Schusser, vice-président de la plateforme, qui le confiait à Billboard — un aveu qui en dit long sur l'ampleur du phénomène.

Apple Music impose un label pour les titres créés par intelligence artificielle

Apple Music s'apprête désormais à coller une étiquette Made With AI sur ces productions, rejoignant Deezer et Spotify dans une course au balisage qui ressemble autant à un sursaut sanitaire qu'à une opération de façade. Pour nous, producteurs, auditeurs, acteurs d'une chaîne de valeur déjà suffisamment fragilisée, la question n'est plus de savoir si l'IA s'invite dans nos playlists — elle y règne en maître — mais ce que cette labellisation change réellement à l'équation.

L'étiquette comme garde-fou… ou comme décoration?

Apple Music avait amorcé le mouvement en mars dernier avec ses « Transparency Tags », un système facultatif permettant de signaler l'usage de l'IA dans un morceau, un clip ou une pochette. Optionnel, donc inoffensif. Le virage actuel se veut plus coercitif: dans le courant de l'année, les titres entièrement synthétiques devraient porter un label obligatoire, à l'image de ce que l'industrie discute sous l'égide de l'IFPI et de la RIAA dans le cadre d'un projet de norme mondiale. Aucune date précise n'a été communiquée, mais iPhoneSoft situe le déploiement probable au moment de la sortie d'iOS 27. Reste qu'une étiquette n'a de valeur que si elle modifie le comportement de l'auditeur — ou, mieux, celui de l'algorithme.

Deezer pousse le curseur plus loin

C'est là que la plateforme française se distingue. Là où Apple Music se contente d'informer, Deezer tranche: les morceaux entièrement automatisés sont retirés des recommandations algorithmiques, jugés frauduleux. La logique est limpide dans un modèle économique rémunérateur au stream — chaque écoute d'un titre généré par IA dilue la part revenant aux artistes qui composent, produisent, tournent. Oliver Schusser reconnaissait par ailleurs que ces morceaux synthétiques ne représentent pourtant moins de 0,5 % des écoutes réelles des utilisateurs. Un chiffre qui relativise le poids sonore de la marée automatisée, mais pas sa capacité à saturer l'espace de soumission et à éroder la visibilité des créateurs humains. La gentrification sonore que nous observions à l'œuvre dans l'écosystème du streaming depuis des années trouve ici son expression la plus brute: la production décorrélée de toute intention artistique, de toute catharsis.

Ce que cela change pour nous

D'un côté, il y a la tentation de relativiser — si ces morceaux ne captent que 0,5 % des oreilles, le danger semble contenu. De l'autre, il y a la réalité structurelle: chaque titre synthétique déposé grignote du temps d'indexation, de l'espace serveur, de la patience des algorithmes de recommandation. Et surtout, il normalise l'idée qu'un morceau puisse naître sans friction, sans doute, sans cette tension qui fait la densité d'un travail. Ce n'est pas une étiquette Made With AI qui changera cette donne — c'est la politique de recommandation qui se cachera derrière. Spotify étiquette, Deezer exclut, Apple étiquette bientôt. La vraie ligne de fracture ne passe pas entre les plateformes, mais entre celles qui traitent l'IA comme un simple métadonnée et celles qui la traitent comme ce qu'elle est: un détournement systémique de la rémunération artistique. Surveillons de près le déploiement d'iOS 27 — et, surtout, la politique d'indexation qui accompagnera cette fameuse étiquette.