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Thomas Bangalter rejette l'intelligence artificielle dans le processus de création musicale

Le musicien de 51 ans l'a martelé lors d'un échange avec Yana Peel, présidente des arts, de la culture et du patrimoine chez Chanel, comme le rapporte ZikNation.

Thomas Bangalter rejette l'intelligence artificielle dans le processus de création musicale

On attendait sa voix depuis longtemps, et c'est finalement un non fracassant qu'il nous sert. Thomas Bangalter, l'une des deux moitiés de Daft Punk, vient de poser un acte clair dans le débat qui secoue l'industrie: non, l'intelligence artificielle n'a rien à faire dans son atelier. Le musicien de 51 ans l'a martelé lors d'un échange avec Yana Peel, présidente des arts, de la culture et du patrimoine chez Chanel, comme le rapporte ZikNation. Pour lui, l'IA n'est rien d'autre qu'un raccourci — un moyen de contourner ce qui fait la chair même d'un morceau: le processus créatif.

Le résultat contre le vivant

Le diagnostic de Bangalter est précis, presque chirurgical. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas la sortie, mais le chemin qui y mène. « L'IA se concentre vraiment actuellement sur les résultats, a-t-il expliqué. Tout est question de résultat. Mon processus créatif n'est pas du tout une question de résultat. » Pour celui qui a passé des décennies à se glisser dans un costume de robot, l'aventure d'une production — ses ratés, ses hésitations, ses bifurcations intuitives — vaut précisément plus que le fichier final. Passer par l'IA, dit-il en substance, ce serait s'amputer du moment qui le passionne. L'ironie est savoureuse: l'homme-machine défend la part la plus organique de la création.

Nous qui produisons, mixons, cherchons nos textures pendant des heures, voilà une parole qui résonne dans l'atelier. Car derrière la question de l'IA se cache une autre bataille, plus structurelle: celle du temps. Celui qu'on prend, celui qu'on perd, celui qu'on investit dans un son qui n'existerait nulle part ailleurs.

Un front artistiquement uni

Bangalter ne crie pas dans le désert. Il rejoint une constellation d'artistes qui refusent, eux aussi, de voir la machine dicter la cadence. Jack Antonoff a qualifié les créateurs de musique IA de « putes impies »; SZA a protesté après avoir découvert que plus de 200 de ses morceaux avaient nourri des modèles d'IA à son insu; Billy Corgan, lui, parle sans détour d'un « pacte avec le diable ». Plus tôt, en 2025, Damon Albarn, Kate Bush et Annie Lennox s'étaient joints à plus de mille artistes pour publier l'album silencieux Is This What We Want?, une protestation collective contre l'utilisation d'œuvres protégées par les entreprises d'IA.

La tension est devenue écosystémique. Deezer a révélé que le matériel généré par l'IA dépasse désormais 50 % des téléchargements quotidiens sur sa plateforme — une bascule historique, la première fois que la production humaine se retrouve minoritaire en volume. Spotify a emboîté le pas en supprimant 75 millions de « pistes spammées » et en ciblant les imitateurs. TIDAL a tranché dans le vif: aucune redevance sur les morceaux entièrement générés par l'IA. Sur le front juridique, Suno a perdu une action en contrefaçon intentée par l'institut allemand GEMA, qui oblige désormais les entreprises d'IA à payer une licence officielle pour utiliser le catalogue représenté. Le gouvernement britannique, lui, a renoncé à des projets qui auraient permis aux firmes d'IA d'exploiter des œuvres protégées sans autorisation.

Ce qui nous reste à défendre

La position de Bangalter n'est pas un manifeste nostalgique, elle est une ligne de crête. Défendre le processus, ce n'est pas refuser l'outil — c'est refuser que l'outil efface le geste. Dans un paysage où la génération automatique inonde les plateformes, où la curation cède du terrain à la probabilité statistique, le propos de celui qui a fait de la machine un masque plutôt qu'un cerveau de retrouve une actualité brûlante. La techno n'a jamais craint les machines; elle a toujours su les tordre, les pirater, les réinventer. Mais il y a une différence entre bricoler un synthé modulaire et déléguer à un modèle la part d'intuition qui fait qu'un track ressemble à personne d'autre.

Bangalter, lui, semble avoir fait son choix: tant pis pour le confort du résultat, vive le détour.